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Compte-rendu de la conférence

Désertification et changements climatiques

Ouvrant la conférence, la députée européenne du groupe des Verts Marie-Anne Isler-Beguin rappelle que 2006 était l'Année internationale des déserts et de la désertification, mais que peu de choses ont été entreprises à cette occasion pour mieux faire connaître cet enjeu. Elle note que la désertification est le parent pauvre des thématiques internationales, comparé, par exemple, aux questions de changement climatique et de biodiversité. Le problème de la désertification va devenir une question incontournable pour l'Union européenne, même si les moyens à mettre en oeuvre en la matière ne sont pas encore clairement identifiés. Des discussions doivent être menées avec les pays ACP et les actions doivent être renforcées dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur la Lutte contre la Désertification (UNCCD).

Rebecca Harms (députée européenne, Groupe des Verts), citant le cas en Allemagne, du bébé ours blanc appelé Knut, devenu le symbole de la question du changement climatique, reconnaît que le thème de la désertification n'a, a contrario, pas un tel attrait médiatique. Elle se dit plutôt sceptique quant à la mise en oeuvre de solutions effectives en la matière, sachant que les objectifs à atteindre sont régulièrement reportés.

Le premier panel de discussion, présidé par le député européen Vert, Sepp Kusstatscher, porte sur la désertification en Europe.

Le Docteur Luca Montanarella, du Centre de recherche commun européen (JRC, Italie) explique que l'idée, généralement admise, selon laquelle désertification signifie désert, est totalement erronée. La désertification, résultat de la dégradation des sols, a souvent pour cause certaines activités humaines. Elle est accélérée en cas de sécheresse importante, mais peut intervenir dans le cadre d'une grande variété de conditions climatiques.

Les recherches menées en Europe montrent des déficits hydriques croissants des sols ainsi qu'une augmentation de l'érosion, particulièrement dans le Sud de l'Espagne et en Italie. Autre facteur important : le rôle du sol dans le cycle global du carbone. La teneur en carbone organique du sol est un indicateur de la santé de celui-ci. Un sol ayant une teneur en carbone faible présente un facteur risque plus élevé face à la désertification.

La lutte contre la désertification implique l'adoption de plans nationaux et locaux pour la mise en oeuvre de mesures de réduction de la dégradation des terres.

Madame Claudia Olazabal, de la DG Environnement, présente la Stratégie de la Commission européenne en matière de protection des sols, dont l'objet est de stopper la dégradation. L'identification des zones à risque et des mesures à mettre en oeuvre est un élément clé de cette stratégie. La Commission publiera cet été une communication sur la raréfaction des ressources en eau et la sécheresse, ainsi qu'un Livre Vert consacré à l'adaptation au changement climatique. En conclusion, elle indique que si les sols sont victimes du changement climatique, ils peuvent également y contribuer lorsqu'ils sont mal entretenus (dégagement de carbone organique).

Monsieur Javier Sanchez Anso, représentant du Comité Economique et Social Européen et agriculteur dans le nord de l'Espagne, explique les questions qui se posent localement dans une zone affectée par la sécheresse. Il insiste sur le fait que ce problème doit être abordé de façon à apporter des solutions durables d'un point de vue économique, social et environnemental, et qu'il est indispensable d'avoir une approche globale.

La désertification a des conséquences sur les activités humaines et les écosystèmes : elle menace 30% des sols en Espagne. M. Sanchez Anso s'interroge également sur les effets de la PAC et de la réglementation internationale du commerce sur l'état général des sols : les pratiques qu'elles favorisent sont souvent inappropriées et contribuent à la dégradation des sols.

Le second panel de discussion, présidé par Marie-Anne Isler-Beguin, aborde la désertification dans les zones intertropicales.

Manour N'Diaye, du Secrétariat de l'UNCCD, explique la contribution de la Convention des Nations Unies sur la Lutte contre la Désertification, à la lutte contre la pauvreté et la promotion d'un développement durable. Pour une grande part, la désertification concerne des zones de grande pauvreté, dans lesquelles les populations, pour survivre, sont poussées à surexploiter des terres peu fertiles.

L'UNCCD tente de créer un processus dynamique et coordonné qui fasse le lien entre la dimension environnementale de la désertification et un cadre socio-économique plus large et qui permette d'assurer aux populations des moyens d'existence durables. Les plans d'action nationaux sont conçus comme des instruments pour lutter contre la désertification, et la mise à disposition de financements adéquats pour leur mise en oeuvre est cruciale. En outre, la lutte contre la désertification et celle contre le changement climatique se renforcent mutuellement. L'UE a un rôle important à jouer sur le long terme, afin que ces mesures d'assistance aient un impact optimal. Certains pays membres doivent jouer un rôle clé : l'Allemagne au Mali et en Namibie, la France au Cap Vert et au Tchad.

Mohamed Lemine Ould El Hacen, de l'Université de Nauakchott, en Mauritanie, centre son exposé sur la région de la Mauritanie et du Sahel. C'est une zone vulnérable, à l'écosystème fragile, qui connaît une pénurie de précipitations et une densité croissante de population pratiquant l'élevage. Lorsque cette population était encore nomade, la pression causée par ce type d'activité était bien moindre, mais avec la sédentarisation et l'urbanisation, la dégradation des terres s'est accrue. Ce phénomène a conduit à la formation de dunes, dont l'avancée est difficile à stopper. La plantation d'arbres semblait être la solution, mais n'a en réalité que déplacé le problème vers d'autres zones, en causant des modifications des schémas de circulation des vents, et déplaçant le sable vers des zones non encore concernées. Ainsi, il est important que les actions entreprises soient efficaces et réalisées sur le long terme. Les projets sur le court terme, qui permettent aux pays donateurs de valoriser leur action auprès de l'opinion publique, n'obtiennent généralement pas de très bons résultats.

Patrice Burger, Directeur de CARI (France), représentant la société civile, note que le processus de dégradation des terres entraîne une dégradation des services rendus par les écosystèmes, qui sont à la base de la vie. Lorsque le sol se dégrade, la végétation disparaît ; l'eau de pluie ne peut alors plus s'infiltrer dans le sol et ruissèle à sa surface entraînant avec elle les nutriments, provoquant l'érosion ainsi qu'un apport massif de sédiments dans les sources et rivières, qui cause des dommages.

Ce problème est global : il concerne 41% de la surface terrestre et 38% de la population des zones arides. Environ 250 millions de personnes sont directement affectées par ce phénomène. La FAO considère que la gestion des terres a un rôle certain dans la désertification mais que d'autres facteurs y contribuent également et qu'il est difficile de faire la part des choses.

Les conséquences de la désertification sont l'augmentation de l'immigration, la perte d'identité et des pertes économiques (entre 1 et 10% du PIB dans le secteur agricole). De plus, avec l'augmentation des températures annoncée du fait du changement climatique, il est probable que 30 à 40 % de terres additionnelles soient affectées par la désertification. Les ONG peuvent avoir une action positive, particulièrement au niveau local, encore faut-il qu'elles en aient la capacité. Les politiques publiques doivent être coordonnées pour faire face à la problématique complexe de la désertification, mais la question de la faisabilité politique reste sans réponse.

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