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Intouchables : stoppons les discriminations fondées sur la caste !

Vote sur la résolution DEVE sur les discriminations fondées sur les castes.


Le Parlement européen a adopté ce jeudi 10 octobre une résolution sur les discriminations fondées sur les castes. Après celle sur la situation des droits de l'homme des Dalits en Inde en 2007, et celle sur la discrimination fondée sur l'appartenance à une caste en 2012, il s'agit de la troisième résolution consacrée à ce sujet par le Parlement européen.

Et pour cause ! Près de 260 millions de personnes dans le monde ne peuvent se prévaloir des droits et libertés proclamés par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme du simple fait de leur origine de naissance.

En 2006, le 1er ministre indien de l'époque, Manmohan Singh, utilisera d'ailleurs le terme extrêmement symbolique d'Apartheid - qui en plus de décrire un régime, évoque en chacun de nous la violence des discriminations et des humiliations - pour parler de la condition des hors castes, les Intouchables, dans son pays.

En 2013, malgré cette déclaration choc, malgré l'abolition de l'intouchabilité par la Constitution indienne de 1950, qui fut d'ailleurs rédigée par un leader intouchable, le Dr Ambedkar, malgré les lois, des millions d'"hommes et de femmes brisés" (la signification du mot Dalit en langue Marathi), subissent quotidiennement des atrocités commises en toute impunité. En Inde, entre 2001 et 2005, 3 femmes Dalits étaient ainsi violées chaque jour. Un crime ou un délit contre un Dalit se produisait toutes les 18 minutes !

La Commission développement présidée par Eva Joly a souhaité se saisir à nouveau de cette question, car ces discriminations fondées sur la caste, en plus d'être humainement inacceptables et de contrevenir au droit international en matière de droits de l'homme, sont aussi un facteur structurel majeur de la pauvreté et des inégalités.

Cet apartheid a des conséquences socio-économiques terribles : l'accès à la terre leur est nié ou retiré, celui à des emplois décents refusé, l'exclusion des systèmes éducatif et de santé est la norme, tout comme la négation de leurs droits fondamentaux par les services de police et de justice, quand ils ne les violent pas purement et simplement. La situation des femmes Dalits est bien plus terrible encore, victimes d'une triple discrimination de caste d'abord, de classe ensuite, de genre enfin. Seulement 10% d'entre elles reçoivent ainsi une éducation. Nombre de jeunes filles Dalits sont forcées à la prostitution, certaines sont même "offertes" au temple dans le cadre du système Devadasi et victimes des abus sexuels des hommes des castes supérieures.

Sortir de l'extrême pauvreté dans de telles conditions est tout bonnement impossible ! Et le nouveau statut de puissance émergente de l'Inde n'enraille en rien le phénomène, bien au contraire : l'écart entre les Dalits et les non-Dalits augmente depuis le début des années 90, consacrant ainsi l'échec de politiques de développement qui trop souvent ignorent le problème, quand elles ne le renforcent pas.

Ce système inégalitaire et hiérarchique, profondément enraciné dans les sociétés qui le pratique, doit être éradiqué d'urgence ! Inhumain, humiliant, archaïque, il est en outre un obstacle considérable à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement.

C'est pour toutes ces raisons qu'aujourd'hui le Parlement européen a, par l'adoption de cette résolution, rappelé à l'Union européenne les obligations qui sont les siennes, ainsi que les outils diplomatiques et commerciaux dont elle dispose pour mettre un terme à l'odieuse exclusion de millions de personnes. Nulle volonté de jeter l'opprobre sur des pays qui, pour partie d'entre eux, ont mis en place des lois et des politiques de discriminations positives, avec malheureusement des succès bien limités. Il s'agit bien plutôt d'insister - au niveau européen - sur la nécessité de reconnaitre les discriminations fondées sur les castes comme une forme distincte de discrimination ancrée dans le contexte social et / ou religieux. C'est en les considérants comme un groupe bien défini, que ces victimes de ségrégation fondée sur la caste pourront être mieux prises en compte dans les programmes de développement de l'Union européenne. L'efficacité de l'aide ne pourra ainsi que s'en trouver renforcée.

La cohérence des politiques extérieures avec la politique de développement nous impose non seulement d'évaluer l'incidence sur ces groupes des accords de commerce ou d'investissement conclus par l'Union européenne. Mais bien plus encore d'y intégrer une clause relative aux discriminations fondées sur la caste. Les récents événements survenus au Bangladesh ne nous permettent plus, à nous, Européens, de feindre l'ignorance. Des entreprises européennes participent directement ou indirectement à la servitude d'êtres humains coupables d'être simplement mal nés. Cela n'est pas supportable !

Dialogues politiques, négociations commerciales, stratégies et plans d'actions en matière de droits de l'homme, sommets bilatéraux, réunions internationales, toutes les opportunités doivent être saisies et utilisées par l'Union européenne pour promouvoir des initiatives communes visant à éradiquer les discriminations fondées sur la caste.

D'une discrimination l'autre. Comment ne pas évoquer aussi nos propres responsabilités, notre propre devoir à protéger et faire valoir les droits des populations discriminées, voire ostracisées, sur le sol européen. Ceux des Dalits de la diaspora d'abord. La discrimination ignorant, elle, les frontières. Mais aussi et surtout ceux de la Communauté Rom qui dans nombre d'États membres subit racisme, préjugés, discriminations, mise à l'écart de la vie économique, politique, des systèmes éducatifs et de santé. Oui, l'Union Européenne doit engager avec les pays tiers des discussions franches et constructives pour mettre un terme à toutes les formes de discriminations qui sont un frein au développement. Mais les États membres doivent aussi respecter les textes européens et utiliser convenablement les outils mis à leur disposition par l'Union Européenne pour que s'arrête le cercle vicieux du racisme, de l'exclusion et de la pauvreté. Ici et là-bas. Par humanité d'abord. Par souci de crédibilité ensuite.


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