© Alexander Briel
fr | es | en | it | el | de
NULL
Actualités |

Aujourd'hui l'Europe, maintenant les euro-obligations

Ska Keller, présidente du groupe des Verts
Sven Giegold, eurodéputé des Verts allemands
Bas Eickhout, eurodéputé de GroenLinks (Pays-Bas)
Ernest Urtasun, eurodéputé de En Comú Podem (Catalogne)

 

Ces derniers jours, nous avons été témoins d'une paralysie européenne inexplicable face à la crise du COVID-19. Il a fallu bien trop de temps pour permettre aux patients de franchir les frontières afin d'être soignés dans des pays voisins, ou pour que le matériel circule d'un pays à l'autre. Heureusement, il semble que la solidarité grandisse chaque jour au sein de l'Europe, et nous réagissons enfin sur le plan de la santé.

Cependant, un autre débat essentiel est en cours : quelle réponse commune apporterons-nous à la très grave récession économique que le continent va subir après ces mois de paralysie économique et industrielle ? Jusqu'à présent, deux mesures majeures ont été annoncées : premièrement, le déblocage par la Commission européenne de fonds structurels non dépensés, qui pourraient mobiliser jusqu'à 37 milliards d'euros. Et deuxièmement, le nouveau programme d'achat d'obligations de la Banque centrale européenne, d'une valeur de 750 milliards d'euros. Ces deux mesures sont importantes et montrent que les institutions « fédérales » agissent effectivement avec agilité et rapidité.

La Commission a également proposé le nouveau programme « SURE » pour soutenir les coûts du chômage temporaire par le biais de prêts, un programme qui doit encore être approuvé.

Nous ne pouvons toutefois pas en dire autant du Conseil européen. Après deux réunions ratées de l'Eurogroupe, le Conseil européen du 26 mars a été une véritable démonstration de confusion. Nos gouvernements ont témoigné d'un tel sentiment de paralysie et de désaccord que certains ont déjà commencé à se demander si le projet européen lui-même était en danger. À l'heure actuelle, l'Europe est l'épicentre de la pandémie, et nous sommes en retard dans la réponse économique à l'échelle mondiale.

La réalité est que l'effondrement de l'économie européenne nécessitera un programme de reconstruction sans comparaison avec ce qui s'est fait ces dernières années. Penser que des investissements aussi importants puissent être faits simplement à partir de la dette nationale avec le soutien de la BCE est totalement illusoire. Il s'agit là d'une voie comportant de nombreux risques et qui est également moins démocratique et économiquement douteuse. Pour cette raison, nous pensons qu'il est désormais primordial de faire le saut vers un instrument de dette partagée, visant à mobiliser conjointement des ressources pour pouvoir mettre en œuvre un véritable plan européen de reconstruction. Ce n'est que grâce à des actions communes que nous serons en mesure de mobiliser une quantité suffisante de ressources. Cette question doit également aller de pair avec des instruments communs de gestion des dépenses, et avec un meilleur contrôle de cet instrument par le Parlement européen.

L'émission d'une dette partagée n'est actuellement pas un geste de solidarité entre certains pays, c'est un pas en avant essentiel si nous voulons éviter que l'euro et le marché intérieur n'entrent dans une spirale critique dont les effets seraient ressentis dans l'ensemble des pays de l'Union. Il est dans l'intérêt de toute la zone euro de minimiser la dépression économique provoquée par la lutte contre le virus et il n'y a pas d'« aléa de moralité » qui en vaudra la peine : le choc est symétrique et affectera tout le monde de la même façon. L'argument de « l'aléa de moralité » est encore moins acceptable si l'on considère que l'Allemagne a été le pays qui a le plus bénéficié de la mise en œuvre de la monnaie unique au cours des dernières années et que les Pays-Bas appliquent des régimes fiscaux qui affaiblissent les revenus des autres États membres.

Ce n'est pas non plus le moment de réfléchir aux plans de sauvetage qui ont échoué par le passé. Offrir à des pays comme l'Espagne ou l'Italie un programme de sauvetage du Mécanisme européen de stabilité, conditionnel à une plus grande austérité, est une option dénuée de  clairvoyance que l'opinion publique des pays les plus touchés considérerait comme une humiliation de la part de leurs partenaires à l'un des moments les plus critiques qu’ils ont connus. Aujourd’hui, le recours à un programme du MES, ce serait comme si le gouvernement américain avait décidé en 2005 de porter la croissance de la Louisiane à sa charge pendant des années en couvrant toute la dette contractée lors de sa reconstruction après l'ouragan Katrina. Avec une telle proposition, nous ne pouvons nous attendre qu'à un mécontentement grandissant et impossible à stopper vis-à-vis du projet européen. Même une ligne de crédit sans condition du MES, comme semblent le suggérer certains membres de l'Eurogroupe, serait clairement insuffisante.

C'est l'heure de l'Europe. Jacques Delors, dans une récente interview, a mis en garde contre le retour du nationalisme au Conseil européen. Nous, les pro-européens, devons réagir. Le temps d'une réponse européenne sur tous les fronts est venu : sur le plan de la santé, en fournissant un soutien matériel et en aidant les pays lorsque leurs systèmes de santé saturent (ainsi qu'en unissant nos forces pour coordonner et diriger la recherche scientifique) et sur le plan économique, en créant des mécanismes de reconstruction financière véritablement européens tels que les euro-obligations.

Le dernier Conseil européen a mandaté l'Eurogroupe pour examiner les différentes options. Sur les 19 pays qui composent la zone euro, plus de 8 ont déjà approuvé l'instrument. En cette période critique, nous voudrions appeler l'opinion publique européenne à se mobiliser pour atteindre cet objectif, en surmontant la résistance que certains pays continuent à opposer. L'Europe doit montrer qu'elle est à la hauteur de la tâche et qu'elle est capable de réagir en prenant des risques et en ayant de l'ambition. L'avenir est en jeu.

Recommandé

Communiqué de presse

Photo by Markus Spiske on Unsplash

Gouvernance économique de l’UE: Pour un nouveau Pacte …

Document

Credit : Andres Oliveira - Dreamstime

Finance verte et biodiversité: les dérives d’un marché…

Communiqué de presse

”Pandora Papers”: Un scandale de plus qui exige d’agir…

Communiqué de presse

Afghanistan : L'Union européenne doit assumer ses resp…

Député(e)s responsables

Bas Eickhout
Bas Eickhout
Vice-Président-e
Sven Giegold
Sven Giegold
Député-e
Ska Keller
Ska Keller
Coprésident-e
Ernest Urtasun
Ernest Urtasun
Vice-Président-e

Merci de partager