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Les nouveaux OGM sont des outils de l’agriculture industrielle, pas « le progrès »

Notre système alimentaire a besoin de véritables innovations


Le 25 juillet, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) publiera son jugement concernant le statut légal d’un groupe de biotechnologies, que l’industrie a nommées “nouvelles techniques de sélections”. La CJUE doit décider si ces techniques produisent des OGM - comme le soutiennent depuis des années les Verts/ALE et de très nombreuses ONG - et si certaines de ces techniques seront exemptées des obligations d’évaluation de traçabilité et d’étiquetage. Dès le jugement publié, le futur de ces techniques dans l’UE se jouera lors de négociations tendues durant lesquelles législateurs et citoyens devront faire face à la puissance de feu des lobbys.

En tant que Verts, nous nous opposons à ce que ces OGM, dangereux pour l’environnement et sans aucune utilité pour la société, se retrouvent dans nos champs et nos assiettes. Parce que ces techniques sont brevetées, elles permettront à des multinationales telles que Syngenta/Chem China, Corteva (ex Dow/Dupont) et le monstre issu de la fusion récente de Bayer et Monsanto de privatiser la source de notre alimentation, qu’il s’agisse de semences ou d’animaux. En clair, ces nouvelles biotechnologies ne feront que renforcer l’accaparement de notre alimentation par des entreprises privées. 

Les OGMs sont par définition des outils de la monoculture de masse et de l’élevage industriel, qui sont à l’origine de la plupart des problèmes posés aujourd’hui par l’agriculture : pollutions par les pesticides, diminution rapide du nombre d’agriculteurs[1]; prix non rémunérateurs, problèmes nutritionnels, apparitions rapides de nouvelles pathologies, souffrance animale, réchauffement climatique, appauvrissement des sols, effondrement des écosystèmes (et notamment chute brutale du nombre d’insectes[2]  et d’oiseaux[3]), etc.

Leurs supporteurs clament que ces OGMs permettraient de sélectionner les semences plus rapidement, de créer de nouvelles résistances aux pathologies, ainsi que des tolérances au réchauffement climatique, des vaches sans cornes et même du gazon à croissance limitée - pour vous éviter de tondre trop souvent[4]. La réalité c’est qu’ils renforcent encore l’agriculture industrielle, où plantes et animaux ne sont envisagés qu’en termes de rendements, sans aucune considération pour la souveraineté alimentaire.

L'innovation ne réside pas dans les biotechnologies. Les OGMs sont aussi inutiles aujourd’hui qu’ils l’étaient dans les années 90. Ils ont toujours pour objectif de créer des plantes pesticides ou résistantes à un herbicide, complément idéal des produits chimiques vendus par l’industrie et d’une agriculture poussant les paysans dans la dette et la dépendance. L’innovation c’est une réorganisation profonde du système de distribution alimentaire, c’est la généralisation de l’agriculture à faible intrants, c’est la sélection participative de semences adaptées localement, c’est connecter les anciennes variétés au connaissances et besoins d’aujourd’hui. C’est aussi une agriculture qui respecte les besoins des animaux, c’est l’agro-écologie en général. Ce dont nous avons besoin c’est d’agriculteurs nombreux, bien rémunéré et autonomes.

Qui peut venir nous dire que tout cela est impossible quand les agriculteurs biologiques nous démontrent tous les jours le contraire, en offrant une agriculture sans OGM tout étant suffisamment productive ? Il est grand temps de changer profondément le système agro-alimentaire dans l’Union européenne. Cela signifie qu’il faut changer la PAC afin qu’elle pousse à une transition vers un nouveau modèle soutenant le développement rural, mais il est également nécessaire de réorienter les fonds de recherche.

Les inventions ne peuvent bénéficier à la société si elles transforment les êtres vivants en commodités au service d’une poignée d’intérêts privés. « Nous ne pouvons résoudre nos problèmes en appliquant le même type de logique à l’origine de ces problèmes »[5]. En tant que membres du groupe Verts/ALE au Parlement Européen, nous avons l’intention de suivre ce conseil d’Einstein et de défendre un progrès et une innovation véritables, notamment en soutenant tous les acteurs qui montrent déjà la voix sur le terrain[6].

 

[1] Le nombre de fermes dans l’Union européenne a diminué de 26,2% entre 2005 et 2013 selon Eurostat

[2] Plus de 75% des insectes ailés ont disparu des espaces protégés en 27 ans  

[3] Le nombre d’oiseaux en France a diminué d’un tiers en 15 ans

[4] Ce gazon a été modifié en utilisant la technique CRISPR CAS 9

[5] We can’t solve our problems with the same kind of thinking that created these problems”

[6] Les Verts/ALE au parlement européen organisent le 8 novembre 2018 une conférence sur l’innovation


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