L’industrie européenne sur le chemin de la neutralité climatique

6 clés pour y parvenir

Une opinion des eurodéputé.es Henrike Hahn, Damien Carême et Michael Bloss.

Wind turbines in sunflower field/ CC0 Gustavo Quepon
Wind turbines in sunflower field/ CC0 Gustavo Quepon

L’industrie et ses produits sont essentiels pour notre société. Nos usines emploient des millions de travailleurs et contribuent à notre économie. Mais l’industrie utilise  également d’énormes quantités de charbon, de pétrole et de gaz, d’eau, de matières premières, de métaux précieux et de substances chimiques provenant du monde entier, ce qui en fait l’une des principales sources de pollution de l’air, de l’eau et du sol. 

Le réchauffement de la planète a déjà dépassé 1°C et nos politiques actuelles nous conduisent vers la catastrophe climatique. 

Nous devons absolument faire mieux. Les investissements dans l’innovation et l’efficacité, souvent motivés par des politiques vertes, ont porté leurs fruits. Les objectifs de réduction des émissions ont conduit certains secteurs à améliorer leur empreinte écologique, et bon nombre d’entreprises européennes sont des leaders mondiaux en matière de solutions innovantes durables. Toutefois, il reste encore beaucoup à faire. L’industrie peut – et doit – contribuer pleinement à la réalisation des objectifs climatiques, en tirant les meilleurs bénéfices de la transition verte.  

Les stratégies pour l’industrie et les PME (petites et moyennes entreprises) et le plan d’action pour l’économie circulaire, lancés en mars 2020 par la Commission européenne, ont été de premiers pas importants vers la transformation écologique de l’industrie.

La relance après la crise du Covid est une opportunité unique de transformer notre industrie en la rendant plus durable, plus compétitive et plus résiliente. Pour ce faire, voici sept mesures que l’industrie européenne peut entreprendre dès maintenant

Metal worker/ CC0 Christopher Burns
Metal worker/ CC0 Christopher Burns

1. L’UE DOIT MONTRER L’EXEMPLE

L’Europe doit fixer des normes environnementales, sociales et de transparence plus strictes pour ses chaînes de valeur, afin de permettre aux entreprises de comprendre quels investissements entreprendre pour réaliser la transition vers une économie durable et cohérente avec l’objectif de l’UE de 2030 de neutralité climatique.  L’accent devrait être mis sur l’efficacité énergétique, le développement massif des énergies renouvelables et d’un modèle d’économie circulaire. Ces objectifs ambitieux doivent être assortis d’un soutien financier et d’un soutien à l’emploi afin de permettre une transition juste pour tous les travailleurs. Une attention particulière doit être accordée à la décarbonisation des entreprises sidérurgiques, cimentières, chimiques et autres entreprises à forte intensité énergétique. Enfin, les PME devraient bénéficier d’un soutien financier particulier et de conseils spécifiques. 

2. LES POLLUEURS DOIVENT PAYER

L’UE subit déjà plus de 13 milliards d’euros de dommages climatiques par an. Si nous voulons sérieusement lutter contre le bruit, la pollution atmosphérique ou la pollution des eaux, les pollueurs doivent être tenus responsables de leurs actes. Il est essentiel que toutes les industries européennes paient le prix des dommages environnementaux qu’elles causent. À cette fin, toute émission de carbone doit être payée, sans exception, cet argent étant réorienté vers des investissements verts. Cela aide les entreprises dotées de modèles économiques durables à devenir compétitives et à se développer !

3. UNE JUSTE CONCURRENCE DOIT ETRE GARANTIE

Les entreprises étrangères qui vendent leurs produits dans l’UE devraient payer le même prix pour leurs émissions que les entreprises européennes. Nous devons éviter toute délocalisation de la pollution hors des frontières de l’UE; nous devons réduire les émissions de CO2 dans le monde entier !  C’est pourquoi la mise en œuvre d’un mécanisme  d’ajustement aux frontières pour le carbone sera une mesure clé pour la transition de l’industrie européenne.

4. L’EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE ET LES ÉNERGIES RENOUVELABLES AU COEUR DE LA TRANSITION ! 

Pour décarboniser la consommation d’énergie de l’industrie, nous devons mettre en œuvre des mesures d’efficacité énergétique, en identifiant les domaines dans lesquels la consommation d’énergie peut être réduite et en éliminant tout gaspillage. L’industrie doit exploiter tout le potentiel des énergies renouvelables et électrifier ses procédés. D’autant plus que l’énergie solaire par exemple est devenue moins chère que le charbon et le gaz. L’efficacité énergétique et les énergies renouvelables sont même à l’origine d’un nombre considérable d’emplois locaux qualifiés. Pour maximiser les possibilités d’emploi, nous devons investir stratégiquement dans une industrie de l’énergie propre ! L’accélération du déploiement des énergies renouvelables nous permettra de produire davantage d’hydrogène renouvelable, ce qui est essentiel pour la plupart des industries polluantes où l’électrification basée sur les énergies renouvelables n’est pas encore possible.

5. DES MARCHÉS DE PREMIER PLAN PEUVENT ETRE CREES 

La demande des consommateurs pour des produits durables est essentielle. Outre le fait de rendre les solutions durables plus abordables, nous devons accroître la demande des acteurs privés et publics. Améliorons les informations qui leur sont fournies, en précisant sur l’étiquette la durée de vie et la facilité de réparation des produits qu’ils achètent. Améliorons la transparence de l’approvisionnement en matières premières jusqu’au processus de fabrication. Les pouvoirs publics, qui sont les moteurs de la demande dans certains secteurs, doivent tenir compte de la durabilité des produits et des services qu’ils achètent, et ne pas se contenter d’accepter l’offre la moins chère ! 

6. UN FINANCEMENT ÉQUITABLE EST NECESSAIRE

Pour éviter des investissements contreproductifs, il est essentiel que le financement public soit conforme à l’objectif de neutralité climatique et axé sur la transition verte. L’UE dispose désormais d’une définition claires des activités durables (taxonomie de l’UE) : cette base doit servir de boussole pour tous les financements communautaires et nationaux, à commencer par les programmes de relance post-COVID-19. À l’avenir, il sera également important de mettre en place un cadre d’évaluation solide du financement de l’UE, en particulier des grands projets industriels et d’infrastructure (appelés « projets importants d’intérêt européen commun« ). 

En tant que membres des Verts/ALE au Parlement européen, nous sommes convaincus que c’est sur cette voie qu’il faut nous engager. Pour une économie compétitive, résiliente et durable, et contre la pollution de notre planète, il est temps d’avoir une industrie européenne plus verte !

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